Helvetia
2. Juli 2009
L'Hebdo
Isabelle Falconnier
Ne partons pas fâchés
Il détestait son enfance. Ce n’est pas un hasard s’il s’est rapproché du photographe Helnwein, spécialiste des images d’enfants torturés et terrorisés, au point de lui ouvrir grand les pages du livret de son CD autobiographique HIStory – dans lequel figurait la chanson Childhood: «Avant de me juger / Essayez de m’aimer / Sondez votre cœur / (...) / Avez-vous seulement vu mon enfance?»
Little Susie, HISTORY, Michel Jackson
1995
«Chaque fois que nous rations un pas, mes frères et moi, mon père nous frappait avec sa ceinture. Ou du fil électrique. Parfois, il nous jetait contre le mur aussi fort qu’il pouvait. J’entends encore ma mère hurler: “Joe, tu vas le tuer!” Mon père nous terrifiait. Il n’a pas réalisé à quel point nous avions peur de lui. Tellement peur qu’on en vomissait.» Michael Jackson se racontait au journaliste Martin Bashir à Neverland en 2003.
Je scrute les images de ce dieu de la danse qui tournent en boucle depuis dimanche, cette voix d’ange sensuel, ce visage ravagé. Est-il devenu Michael Jackson malgré cela? Grâce à cela?
Il prenait les enfants malades dans ses bras pour les guérir. A chaque fois, c’est lui qu’il consolait. «Faites comme Michael», exigeait Joe de ses frères. Odieuse responsabilité. Non seulement Michael a pris la place de son frère Jermaine comme chanteur des Jackson Five, s’attirant les rancœurs, mais encore, s’ils étaient frappés, c’était à cause de lui, de son talent. «J’ai totalement pardonné à mon père.» A quel prix? Ne pouvoir entrer en relation qu’avec des enfants ou, enfant parmi les enfants, qu’avec un chimpanzé? Aimer les enfants à tel point qu’il les voulait sans mère, pour lui tout seul? Pardonner au nom de la bonne vieille morale qui veut que les épreuves forgent le caractère?
MJ a vécu coupé en deux.
Il détestait son enfance. Ce n’est pas un hasard s’il s’est rapproché du photographe Helnwein, spécialiste des images d’enfants torturés et terrorisés, au point de lui ouvrir grand les pages du livret de son CD autobiographique HIStory – dans lequel figurait la chanson Childhood: «Avant de me juger / Essayez de m’aimer / Sondez votre cœur / (...) / Avez-vous seulement vu mon enfance?»
Il détestait son enfance, mais il adulait l’Enfance. Il avait 6 ans, 10 ans dans sa tête, disait-il. Il savait que Peter Pan, c’était lui, qui ne serait jamais grand. «Je vois Dieu dans le visage des enfants.» Il faut le voir grimper sur son arbre «préféré». Plus près des étoiles.
Diana Ross, prenant les Jackson Five sous son aile, a fait croire au public que le petit Michael avait 8 ans, et non 11, l’emprisonnant dans l’enfance qu’on lui refusait. De quoi se taper la tête par terre.
«Les enfants sont magiques, les seuls êtres absolument magiques», écrit un certain Le Clézio. Certains le croient, et en meurent.
Mot-clés : Chronique, Isabelle Falconnier
Scream, HISTORY, Michel Jackson
1995




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